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Nonnonbâ est un manga de Shigeru Mizuki. C’est un manga qui raconte l’enfance de l’auteur, au cours de laquelle sa famille accueille Nonnonbâ, ce qui en langage enfantin pourrait se traduire par « Mémé qui prie ». Cette grand-mère va enchanter son enfance en lui ouvrant la porte du monde invisible, tant par ses récits sur les contes et légendes japonaises, que par ses capacités de voyance de l’autre monde et ses pouvoirs de Reinosha, car comme son nom l’indique Nonnonbâ est une Ogamiya (chamane) qui connaît, voit les esprits et connaît les traditions cachées de l’animisme japonais.

Comme souvent dans les mangas et les anime, on retrouve de façon ludique les anciennes conceptions spirituelles des japonais, avec des personnages fantastiques qui sont souvent les esprits du shinto ainsi que les divinités du bouddhisme japonais.  

Comme la plupart des chamanes, Nonnonbâ est issue d’un milieu très modeste et bénéficie alors de la solidarité inhérente à l’ancienne culture japonaise, surtout de la vie à la campagne.

Elle enseigne à Shigeru les principes des choses invisibles, en particulier de ne pas mépriser ce que l’on ne voit pas à l’œil nu : Ce n’est pas parce qu’on ne les perçoit pas que les choses invisibles n’existent pas.

Le manga raconte non pas la vision du monde de Nonnonbâ elle-même, mais ce que Shigeru découvre en sa compagnie, comment elle lui apprend à ne pas percevoir le monde seulement en se fixant sur les apparences, mais à ressentir et percevoir les êtres vivants organiques et non organiques qui peuplent l’Univers.

Quand elle lui décrit ce qui arrive après la mort, le voyage de l’âme, on présente Enma le roi des ogres, qui montre à l’âme la direction à prendre.  Enma ( エンマ) est en réalité Yama, le dieu hindou de la mort, intégré dans le panthéon japonais par le bouddhisme.

D’origine védique, cette divinité régnait à la fois sur le paradis et l’enfer, c’est dire qu’il s’agissait d’une divinité antique chargée de gérer le destin et le voyage des âmes, qui dans Nonnonbâ sont représentées par des boules lumineuses, conformément aux conceptions japonaises autant qu’hindoues. 

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Il arrive assez souvent que l’on puisse observer à l’œil nu ces boules lumineuses qui se déplacent dans l’atmosphère, en géneral de couleur bleue, mais la plupart des gens croient avoir une hallucination ou  à un effet d’optique, à cause du conditionnement matérialiste, et aussi parce qu’ils n’ont pas eu la chance de côtoyer une Ogamiya dans leur enfance comme Shigeru !

Les commentaires que l'on trouve sur ce manga le présentent souvent comme reflétant des croyances folkloriques disparues des gens qui vivaient à la campagne, mais il s'agit en fait d'un récit donnant le point de vue d'un enfant qui découvre le monde en compagnie d'une chamane traditionnelle japonaise, et ces conceptions n'ont pas disparu mais sont bien actives et présentes au Japon, un pays où l'on continue à respecter l'existence des âmes, et où l'on pense toujours qu'une forme peut être occupée par un esprit. Les temples et les sanctuaires reçoivent les poupées pour les traiter car tout objet acquiers un esprit, même les peignes ne sont pas jetés par les coiffeurs mais emmenés dans un temple pour recevoir un rituel avant d'être détruits, remercier leur esprit , de même pour les fleurs sacrifiées pendant l'apprentissage de l'Ikebana.

Le monde invisible, qui est le lieu d'existence des âmes que l'on ne voit pas forcément, reste respecté au Japon. Il n'est pas près de disparaître, car il est une fonction inhérente  de la vie spirituelle de l'humanité, qui a toujours perçut le monde de façon multidimensionnelle, et se trouve près de le redécouvrir. C'est également un facteur nécessaire pour que l'humanité se mette à respecter la nature et réapprenne à vivre en harmonie avec toutes les formes de vie. 

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Néanmoins, présenter le personnage de Nonnonbâ comme une vieille dame superstitieuse et mystique est assez méprisant et une façon de gommer l'élément de la spiritualité animiste contenue dans le Manga, justifiant l'orientation néo colonialiste issue de la croyance matérialiste et l'arrière plan judeo chrétien de la culture occidentale, conséquence de l'extermination de l'ancienne culture gauloise en occident.

Si on ne connais pas la réalité et les conception du chamanisme japonais, on ne peut pas vraiment comprendre le manga, du moins on perd une grande partie de sa richesse culturelle.