Il est assez habituel que le titre des romans d’Haruki Murakami fasse référence à un morceau musical.

« Norwegian Wood », « au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ».

Dans ceux dont le titre ne contient pas une référence musicale, il y a en général un morceau ou une chanson qui accompagne le cours du roman, comme  Leoš Janáček’s Sinfonietta dans 1Q84.

Lorsque le héros du roman L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage , Tsukuru Tazaki écoute de la musique avec son ami Haida, il se rend compte qu’il a déjà entendu ce morceau et demande à Haida quel est son titre.

Haida répond qu’il s’agit  du mal du pays, de Franz Liszt, qui est un extrait des années de pèlerinage, joué par le pianiste Lazar Berman.

 

Selon certains critiques littéraires japonais, ce roman est le premier écrit par Haruki Murakami après le tremblement de terre du 11 Mars 2011 (à noter qu’en numérologie, le 11 indique un choc, un conflit) qui a provoqué un Tsunami et le problème nucléaire de Fukushima, et contient des allusions indirectes à la catastrophe, ainsi qu’à l’état d’esprit des japonais après la perte – état de choc - dans lequel ils se trouvèrent après celui-ci. La perte de sens et la descente aux enfers du héros après qu’il eu été rejeté par son groupe d’amis et son état de dégénérescence physique évoqueraient l’état physique de ceux qui ont été irradiés, et la suite du roman constituerais un encouragement envers ses compatriotes à trouver la force de ressusciter  et de revivre.

On peut lire (ou voir dans certaines émissions TV) des critiques étranges en Français sur Haruki Murakami, mais cet auteur ne plait pas à tout le monde. Les fans de Murakami aiment surtout l'ambiance des livres, qui sont un peu comme le même livre qui se réécrit constamment (comme Musubi crée constamment l'univers). La caractéristique de ses romans est une transparence entre le monde réel , les dimensions parallèles et le dédoublement. Il contient beaucoup d'abstraction et une spiritualité qui ne dit pas son nom. Il est donc étonnant qu'il soit devenu à présent aussi lu internationalement et à un tel degré.

Les histoires qu'il raconte sont lentes à démarrer, mais les lecteurs trouvent un agrément à ce qu'il ne se passe rien de spécial, comme si l'on rentre dans un autre monde de façon progressive. Il n'aime pas non plus finir les histoires, et elle finissent souvent en queue de poisson, laissant le lecteur soudain devant le vide.

Il faut aimer nager dans le néant, et passer au travers de dimensions dans lesquelles on ne distingue pas clairement le chemin...

Les critiques du livre ne cessent de m'étonner vu les reflexions emplies de projections sur la culture japonaises qu'elles véhiculent...

Un commentaire de blog nous dit que le fantastique est presque absent du livre. Dans les romans de Murakami, le "fantastique" est omniprésent mais n'est jamais formulé directement, il se maintient dans l'ambiance et le sous entendu, et découle des évènements visibles. Il semble que la plupart des français n'identifient un élément que si il est directement nommé, alors que la culture japonaise est en grande partie non verbale...

Un autre commentaire étonnant est que dans ce livre, Murakami aborde le thème de l'identité sexuelle, l'homosexualité serait un tabou au Japon ? elle n'a jamais vu les émissions de  Tv japonaise, dont une grande partie est présentée par des personnages très populaires qui sont des travestis ou des transexuels.

Aussi ce thème semble plutôt entièrement banal au Japon. Dans les années trente, il y avait déjà des bars où les hôtes était des hommes, pour les homosexuels. Il y a eu ensuite une mode en quelque sorte où un grand nombre de transexuels se sont mis a présenter des émissions de TV.

Les romans de Haruki Murakami sont effectivement basés sur le dédoublement, car la réalité n'est pas limitée aux perceptions sensorielles pour celui qui est dans une conscience qui ne pose pas de limites mentales à la réalité, ce qui est le propre de la culture japonaise.

Du coup le fantastique qu'il décrit n'est pas vraiment un effet de style, mais une façon de percevoir habituelle dans la culture animiste japonaise.

Les anciennes cultures ne considèrent pas le rêve comme une production du cerveau, mais comme un monde objectif qui existe par lui même.

Haruki Murakami s'était exprimé sur ce sujet dans un article traduit et paru en français (les mondes parallèles).

Rien dans la réalité n'est aussi simple que les personnes conditionnées le croient. Les interférences entre les esprits sont permanentes, même si les gens en sont inconscients. Murakami ne fait en réalité que de faire ressortir cet état de fait.

Le monde du mystère du shinto ressort dans les propos de Midorikawa dans son dialogue avec Haida père :

Le père de Haida dans sa jeunesse était étudiant en philosophie, et le dialogue se porte sur la logique.

« Mais vous, vous avez eu ce genre d’expérience ? Une expérience que vous aviez à accepter, à laquelle vous deviez croire, et qui vous faisait sauter au-delà de la logique ?

Non… dit Midorikawa. Moi, je ne crois  à rien. Je ne crois pas à la logique, ni à l’absence de logique. Je ne crois pas en Dieu, pas plus qu’aux démons. Je ne développe pas d’hypothèse, je n’accomplis pas de saut. Je me contente d’accepter les choses sans un mot, telles qu’elles sont. C’est pour moi un point fondamental. Impossible d’ériger un mur ou d’établir une distinction claire entre sujet et objet ».

Une anecdote qui n'est pas extraite d'un roman fantastique ni d'un documentaire sur le paranormal, mais d'une emission sur les guides de voyages en Thailande, nous a présenté à la TV(en France) un jeune français qui dinait avec un ami thailandais. Dans le restaurant, il y avait une maison des esprits, une petite maison avec des offrandes. Le jeune français demande à son ami ce que c'est, le jeune thailandais lui répond : il s'agit d'une maison des esprits, lorsque l'on voit des esprits dans un quartier on leur fait une petite maison et on leur donne des offrandes.

Le jeune français a cette réflexion: si je voyais un esprit un jour, ma vie  en serais complètement transformée!

Son ami Thailandais lui répond : Ha bon ? moi j'en vois souvent !

On vois le décalage culturel et la différence de réalité dans laquelle vivent les gens dans ce monde.

L' Asie est fondamentalement animiste, alors que l'occident est bloqué dans son apparent cartésianisme.

Dans une société animiste (c'est à dire non schizophrène), il n'existe pas de paranormal. Le fait de percevoir d'autres dimensions est banal. Les occidentaux non animistes ont besoin de beaucoup de psychologues et de psychiatres parce que le refoulement des perceptions subtiles provoque des névroses.

Les médiums et les magiciens abondent en occident, mais ils sont marginalisés et le sujet, bien qu'omniprésent , reste tabou.

La plupart des occidentaux ont déjà eu des experiences des plans invisibles, mais ils n'osent pas en parler, risquant de devenir l'objet de moqueries... voir de se faire persécuter! 

Il y a des sites consacrés à la littérature, qui semblent se poser de questions, mais pourquoi Murakami a un tel succès et qu'elle est sa recette?

En fait il n'y a pas de recettes visiblement, Haruki Murakami ne fait qu'écrire en suivant sa sensibilité, et s'étonne de prendre conscience qu'il exprime la sensibilité de l'âme japonaise dans un langage que certains croyaient être américanisé !

Il se trouve que c'est l'âme japonaise qui a cette sensibilité qui touche à l'universel, et que nous avions nous mêmes trouvée en étudiant le shinto.

Les jeunes générations l'on capté par le biais des mangas, et ceci est un phénomène mondial, qui peut augurer d'un réveil de la sensibilité de l'âme humaine à un niveau collectif.

 Tengou